la demi posture du seigneur des poissons

Une des postures les plus emblématiques du Hatha yoga car elle tient son nom du fondateur présumé de la lignée des Natha yogi, qui sont à l’origine de cette science du Hatha yoga :
« Cette science du Hatha yoga, ceux en tête de qui sont Matsyendra et Goraksha l’ont connu. Par la grâce de cette lignée de guru, Svatmârâma vint à la connaître. »

Hatha Yoga Pradîpikâ

 

Le mythe de Matsyendra

Différentes légendes entourent Matsyendra.

D’après le Mahabharata, en ce temps-là, seul Shiva détenait la connaissance du yoga. Même Parvati la grande déesse, épouse de Shiva n’avait pas accès à cette science tenue secrète. Parvati déploya tous ses charmes pour que Shiva lui révèle et lui enseigne cet art du yoga qui mène au bonheur absolu. Shiva finit par céder, il voulut bien lui transmettre ce savoir à la condition que personne ne puisse entendre cet enseignement. Ils partirent sur une petite île au large des côtes du sud de l’Inde, loin de toute oreille indiscrète. Du moins le croyait-il, car pendant que Shiva révélait l’enseignement à son épouse, Matsia un petit poisson qui flottait entre deux eaux, toutes ouïes dehors, écouta avec grande attention tout ce que Shiva disait.
A la fin de l’enseignement de peur d’être foudroyé par Shiva, le poisson prit la fuite et se mit à nager à toute vitesse vers la côte. Tout en nageant, l’écho de ce qu’il avait appris s’imprégnait fortement en lui, il se sentait en proie à des mouvements et des bouleversements profonds et si puissant était l’enseignement qu’il avait reçu, qu’en arrivant au rivage ce fut un homme qui sortie des flots. Matsia devint Mastsyendra le seigneur des poissons et le premier yogi de tous les temps.

Une autre version raconte que près d’une rivière Shiva enseignait à son épouse la science du yoga. Un poisson curieux qui passait par là, s’arrêta pour écouter l’enseignement de Shiva. Touché par la sagesse et l’attention qu’il avait montrées, Shiva récompensa le poisson en le transformant en homme, afin qu’ils transmettent cette connaissance. Matsyendra devint le premier yogi.

Au-delà du mythe, Matsyendra évoque le symbole de la transformation par le yoga. Comme le poisson mute en homme, l’homme peut côtoyer le monde des dieux par le pouvoir du yoga. Cette position tient une place importante dans cet enseignement car elle permet une véritable alchimie du souffle, qui peut passer du physique à l’énergétique, du grossier au subtil. Le pratiquant qui se moule dans l’archétype de cette posture opère un véritable changement d’état dépassant ainsi le plan obscurcissant de la personnalité ordinaire pour se placer dans le siège de l’intuition illuminatrice, au cœur du silence, de l’immobilité et du soi.

Prendre et quitter la posture

En position assise au sol, jambes allongées, plier la jambe droite et amener le talon du pied droit au niveau du périnée, le genou droit reste en contact avec le sol. Plier la jambe gauche et placer le talon gauche à plat au sol à l’extérieur du genou droit. Tournez le thorax vers la gauche et placer la main gauche au sol derrière la fesse gauche.

Se pencher en arrière afin de bien faire passer le ventre et la poitrine. Faire passer le bras droit à l’extérieur de la jambe gauche et l’aisselle le plus près possible du genou gauche. Attraper la face interne du pied gauche avec la main droite. Tournez au maximum la tête et le buste vers la gauche.S’il n’est pas possible d’attraper le pied, amené l’avant-bras et la main le long de la cuisse gauche tout en poussant la cuisse gauche vers le ventre de façon à verrouiller au maximum la posture.

Appliquer une respiration et une visualisation. Puis inverser la position.

Respiration – concentration –mudra – mantra

Ardha Matsyendrasana se pratique de préférence les yeux fermés, le regard entre les sourcils (brumadya) la pointe de la langue retournée vers le palais (khechari mudra) ou la langue en tuyau (kaki mudra) si concentration sur le centre du cœur.

Placer le souffle en le visualisant dans la colonne vertébrale (inspire vers le front, expire vers le périnée) ou visualisation dans le centre d’énergie du cœur (inspire expansion, expire rétraction, à l’image d’une sphère d’énergie à partir d’un point situé au milieu du centre).

Autre visualisation possible : trajet latéral qui part d’un point externe devant la poitrine vers un point interne au milieu du thorax (inspire le souffle entre, expire le souffle sort).

Rythme

1 temps d’inspiration – 4 temps de rétention les poumons pleins – 2 temps d’expiration
(par exemple trois secondes d’inspiration – 12 secondes de rétention les poumons pleins – 6 secondes d’expiration).

Il est possible de réduire le temps de rétention à poumon plein de moitié. On peut progressivement augmenter ce rythme.

Autres respirations possibles :
– Bastrika, le souffle rapide du ventre le long de la colonne, accompagné du mantra so à l’inspire et ham à l’expire.
– Shitali, le souffle qui passe par la langue en forme de tuyau permet un bon apaisement du centre du cœur.

Tenir la position un minimum de 3 minutes par côté.

On peut aller ainsi progressivement jusqu’à 15 minutes de chaque côté. Ne pas dépasser 25 minutes par côté (durée qui demande un entraînement préalable). On nomme cette mesure de 25 minutes un gatika).

Variantes possibles

  • au lieu de plier la jambe au sol, la garder tendue devant.
  • lier les mains dans le dos en passant un bras sous le genou de la jambe qui est dessus.

Centres d’énergie concernés

Centre du pubis et du cœur principalement. Permet d’harmoniser les tendances animales et psychologiques reliées à ces deux centres.

Le travail sur le centre du cœur permet une véritable purification psychologique, dans le sens d’un dépassement des tendances agitées de l’ego liées à notre histoire personnelle. Permet également de développer une vision directe, intuitive de soi et de l’univers.

C’est en ce sens que Ardha Matsyendrasana est une puissante posture de connaissance.

Elle permet un équilibrage énergétique des polarités de droite et de gauche favorisant ainsi le passage de l’énergie dans l’axe central, redresse le dos et imprime un sens de verticalisation aux énergies.

L’action sur Manipura chakra, le centre d’énergie du ventre, active le feu digestif, garant d’une bonne santé, d’une bonne vitalité. Active Samana vâyu, l’énergie d’assimilation.

L’action sur Vishuda, le centre d’énergie de la gorge, stimule Udâna vâyu, énergie qui fait monter, qui redresse.

Effets physiologiques

  • Corrige les déviations de la colonne vertébrale.
  • Atténue l’arthrite, tonifie le système nerveux.
  • Assouplie les muscles, les articulations vertébrales.
  • Tonifie et masse les organes abdominaux (fois – vésicule biliaire – rate – pancréas), active le transit intestinal.
  • Permet un étirement des ischio-jambiers, du nerf sciatique et des muscles profonds des hanches et du bassin.
  • Améliore les défenses immunitaires.
  • Le mouvement de rotation de la colonne vertébrale agit comme un essorage, stimule le Rachi, et l’afflux de sang favorisant une meilleure oxygénation des tissus.
  • Préviens des lumbagos, hernie discale et des divers rhumatismes.
  • Stimule également le système nerveux central et de nombreux ganglions situés le long de la colonne.

Ce mouvement d’essorage de la colonne vertébrale agit de façon générale comme un puissant nettoyage des toxines, mais aussi des nœuds physiques, ces derniers étant souvent reliés aux nœuds psychologiques qui se sont formés au cours de notre histoire personnelle.

Alchimie possible

Ardha Matsyendrasana est une grande posture d’immobilité, d’alchimie, qui développe Tapas, l’ardeur, l’intensité nécessaire à l’édification et la purification de notre structure énergétique. Elle nous conduit vers cette belle verticalité où l’énergie peut circuler librement, nous donnant l’accès à la part la plus lumineuse de nous même, l’accès à notre part libre et divine.

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